Au service de la cause des femmes yézidies

Rencontre avec Deborah Harros-Goldman, Israélienne, religieuse et humaniste

 

Propos recueillis par Shraga Blum

 

C’est dans un petit café du centre de Jérusalem que je rencontre Deborah Harros-Goldman.

Cette Franco-israélienne de trente-sept ans a fait son alya il y a une dizaine d’années. Comme beaucoup dans son cas, elle a cherché sa place dans la société israélienne, toujours dans l’objectif de vie qu’elle s’est fixé: aider les autres. Cette ancienne enfant de l’OSE, tout comme Elie Wiesel z.l. qu’elle admire, a choisi la résilience comme ligne de vie. C’est comme israélienne, religieuse et humaniste qu’elle se définit et se présente aujourd’hui. Grâce à sa rencontre il y a un an avec l’homme d’affaires et philanthrope juif canadien Steve Maman, son nom est aujourd’hui indissociablement lié à une cause humanitaire de première importance: le sauvetage des femmes et jeunes filles yézidies kidnappées et transformées en esclaves sexuelles par l’Etat Islamique’ en Irak. Deborah, qui vit momentanément en France pour des raisons familiales, est aujourd’hui directrice pour la France, l’Europe et Israël de la Fondation CYCI (The Liberation of Christian and Yazidi Children of Iraq) créée en 2014 par Steve Maman. Objectif: sensibiliser l’opinion publique et les décideurs politiques sur ce génocide qui se déroule en Irak dans un quasi-silence international.

 

LPH: Vous insistez beaucoup sur la juxtaposition des termes « religieux » et « humaniste »…

 

DH: Depuis que je suis arrivée en Israël, j’ai constaté avec regret que dans le milieu francophone religieux, je n’entendais pas assez ce discours de tolérance. Les gens sont essentiellement tournés vers les problèmes internes au peuple juif. Or, j’ai toujours eu le sentiment que mon identité juive basée sur la Torah devait me pousser vers l’Autre, y compris l’Autre non-juif. Je me sens comme une « passerelle » entre ces deux mondes et je suis convaincue que le fait pour des juifs religieux d’aider d’autres populations contribuera aussi à améliorer l’image d’Israël. Pour moi, être une femme qui croit en Dieu, c’est aussi aider ceux qui sont différents de moi sans distinction de religion ou de couleurs.

 

LPH: Qu’est-ce qui vous a amenée vers Steve Maman et son association CYCI?

 

DH: Il y a un an, j’ai dû pour des raisons personnelles retourner vivre momentanément en France. Mais je n’ai pas abandonné mes convictions et j’ai commencé à organisé des actions communautaires – la commémoration des 10 ans d’Ilan Halimi par exemple. Je collaborais aussi à la mission humanitaire de Steve Maman, ce fut pour moi un moment fondateur. J’aidais ma communauté, mais aussi le monde : Torah et Humanisme! Et c’est en Steve Maman que j’ai trouvé cela. J’ai vu un homme juif et religieux, qui luttait pour un peuple victime d’un génocide et je l’ai suivi les yeux fermés. Lui-même, en tant que businessman religieux, a compris que si D.ieu l’avait comblé de ce don, c’était pour faire du bien à autrui.

 

LPH: Comment avez-vous rencontré Steve Maman?

 

DH: Sur les réseaux sociaux… J’avoue même que j’ai beaucoup insisté au départ pour qu’il accepte ma collaboration. Je lui ai dit: « Teste-moi et tu verras si je suis à la hauteur ». Et je crois qu’il a été content du résultat, cela a créé des liens étroits d’amitié. J’ai commencé à traduire ses textes et à contacter des politiques ainsi que des journalistes. Cela a pris tout de suite et en un peu plus d’un an, un travail prodigieux a été accompli. Je suis d’ailleurs toujours aussi surprise du chemin parcouru…

 

LPH: Combien êtes-vous et en quoi consiste votre action?

 

DH: Nous avons réussi à mobiliser quelques dizaines de personnes qui ont une influence médiatique ou politique. Il y a des Américains, des Canadiens, des Israéliens, mais je suis pratiquement la seule Française car il y a beaucoup de réticences en France sur cette question.

 

LPH: Pourquoi?

 

DH: Essentiellement à cause du politiquement correct. Au vu de la situation en France, il n’est pas bon de mettre en évidence que des Musulmans tuent ou asservissent les Chrétiens et les Yézidis. L’information a beaucoup de mal à passer et je sens de nombreux barrages et de tabous. Quant à notre action, nous avons sur place, en Irak, un homme extraordinaire, Dawoud B. Jajju, chrétien humaniste de 28 ans, qui bénéficie de la reconnaissance des gouvernements alliés pour ses actions diplomatiques et militaires. Il jouit aussi d’un grand prestige chez les Musulmans – sunnites comme chiites – et il a ses entrées un peu partout. C’est lui qui est le négociateur d’otages au nom du CYCI et le bras droit de Steve Maman sur place. C’est un véritable héros. Il a déjà permis la libération de dizaines d’esclaves sexuelles. Par ailleurs, nous achetons et faisons passer des vêtements, des chaussures, du lait pour bébés et une quantité d’autres produits de première nécessité pour ces populations. Pour l’instant, nous avons reçu 875 000 dollars de dons pour notre action. Steve Maman déploie des efforts considérables, des médias aux réseaux sociaux, pour sensibiliser les donateurs.

 

LPH: Que pouvez-vous mentionner comme réussites dans votre combat?

 

DH:  Nous avons déjà réussi à faire libérer 140 femmes et jeunes filles. C’est beaucoup ! Mais il en reste encore un grand nombre dans le Califat. Le processus de négociation et de libération se fait auprès des civils qui ont pris avantage des ventes. Il n’y a aucun rapport avec Daech. Ces civils ont acheté ces enfants et ces femmes dans les marchés aux esclaves. Notre mission est de les récupérer ou par la négociation ou par la force. Nos équipes sont formées pour cela.

LPH: Quelle est votre expérience la plus émouvante?

 

DH: Les deux premiers enfants yézidis nés en exil dans le camp Olympe de Petra en Grèce que nous administrons s’appellent Steve et Ahava, qui est le nom de la fille de Steve! Et puis il y a Nihad, ancienne esclave sexuelle, qui va recevoir son visa pour faire avec nous une tournée en France et en Europe afin de témoigner du calvaire de son peuple. Elle m’a émue par sa force et son courage.

 

LPH: Que ressentez-vous en tant que femme, juive et israélienne en servant cette cause?

 

DH: J’ai le sentiment profond de participer au Tikkoun Olam, à la « réparation du monde ». Je suis juive mais j’appartiens à l’Humanité. Je ne pouvais pas rester insensible à cette souffrance humaine et ayant toujours été fascinée par la personnalité de Nah’shon ben Aminadav, qui entra le premier dans la Mer Rouge alors que les Enfants d’Israël priaient, je préfère toujours donner la priorité à l’action! Autre point important: dans ma mission, je mets toujours en avant que je suis juive pratiquante et que c’est Israël qui a insufflé en moi cette envie d’aider les autres quels qu’ils soient. Et la réaction des gens est admirative. C’est du Quidouch Hachem.

 

LPH: Des déceptions? Echecs?

 

DH: La lenteur que les choses prennent avec les médias. Surtout en France. Plus qu’avec les politiques! Aujourd’hui, ce sont les médias qui décident de quoi on parle ou on ne parle pas, ils ont le pouvoir d’agir et ne le font pas. Aussi l’antisémitisme. Certains doutent de la sincérité de Steve Maman et se demandent avec suspicion ce que cherche un homme d’affaires juif dans cette cause.

 

LPH: Que pensez-vous de la récente déclaration du Grand rabbin séfarade d’Israël, Rav Itshak Yossef, sur la nécessité morale pour Israël de ne pas rester silencieux face à ce qui se passe en Syrie?

 

DH: Ça fait du bien! J’y vois les prémices d’une nouvelle page d’Israël où l’on pourra être vraiment Or Lagoïm et apporter notre aide à toute l’Humanité. Mon rêve est de voir de plus en plus de Juifs religieux s’engager dans les causes humanitaires universelles. Aider les minorités au Proche-Orient ne peut être que bénéfique pour Israël à long terme.

 

LPH: Quelle est votre conclusion et que voulez-vous transmettre aux lecteurs de LPH?

 

DH: Ma devise est: « Chacun naît avec une lumière qui est la mission qu’il doit accomplir sur terre ». Et quand on a compris cette mission, il faut foncer. Sans hésiter. Le souvenir de la Shoah doit nous pousser à agir en faveur des populations persécutées. Comme Steve Maman, mon rôle est d’être une shli’ha, une messagère, un canal pour cette mission humanitaire. Aux lecteurs de LPH, je dis, « Faites du bien autour de vous, c’est une grande source de bien-être et n’oubliez jamais de sourire ».

 

https://www.facebook.com/CYCIFoundation

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